Blog
Culture scientifique

Lucia de Brouckère, la première femme à enseigner les sciences en Belgique

Lucia de Brouckère est une chimiste bruxelloise née en 1904, connue pour être la première femme à avoir enseigné dans une Faculté des Sciences en Belgique. Docteure en chimie de l'ULB, professeure ordinaire, doyenne, militante laïque et féministe. Son parcours redéfinit ce que signifie être scientifique engagé·e. Pour tout étudiant·e qui s'apprête à entrer dans des études scientifiques longues et exigeantes, son histoire a beaucoup à dire.

14
January 2022
4 minutes

Qui était Lucia de Brouckère ?

Lucia Florence Charlotte de Brouckère naît le 13 juillet 1904 à Saint-Gilles, à Bruxelles. Elle est la fille de Louis de Brouckère, figure majeure du socialisme belge et principal porte-parole de la gauche du Parti Ouvrier Belge. Cet héritage familial marque profondément sa vision du monde : toute sa vie, elle défend la liberté de pensée, le droit à la connaissance et l'égalité.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, la famille fuit vers l'Angleterre. Lucia y poursuit ses études secondaires jusqu'en 1918, avant de rentrer en Belgique.

En 1923, elle s'inscrit à l'Université Libre de Bruxelles pour étudier la chimie, un choix audacieux dans une Belgique où les femmes à l'université sont rares, et celles qui s'orientent vers les sciences exactes, encore plus exceptionnelles.

Un parcours scientifique construit étape par étape

Lucia de Brouckère ne suit pas un chemin tracé d'avance. Elle le construit, avec rigueur et méthode.

En 1927, elle obtient son doctorat en chimie à l'ULB. Sa thèse porte sur l'absorption des électrolytes par les surfaces cristallines. Ce travail est immédiatement récompensé par le prix Stas de l'Académie royale de Belgique une distinction prestigieuse qui confirme la qualité de ses recherches.

Après son doctorat, elle reste dans le milieu universitaire comme assistante, d'abord auprès du professeur Jean Timmermans en chimie physique, puis auprès du professeur Alexandre Pinkus en chimie analytique. Elle obtient son diplôme d'agrégation en 1933.

C'est entre 1930 et 1932 qu'elle franchit une première barrière historique : chargée de cours à l'Université de Gand, elle devient la première femme à enseigner dans une Faculté des Sciences en Belgique.

Pionnière à l'ULB : une carrière au sommet

En 1937, Lucia de Brouckère commence à enseigner à l'ULB. Mais la Seconde Guerre mondiale interrompt son élan : l'université suspend ses activités en 1941. Elle repart à Londres, où elle contribue à des recherches chimiques pour l'effort de guerre et prend la direction de la Section des Industries chimiques au Ministère des Affaires Économiques du gouvernement belge en exil, en 1944.

Ce rôle stratégique lui ouvre une promotion décisive.

En mars 1945, à la réouverture de l'ULB, Lucia de Brouckère devient professeure ordinaire, la première femme à atteindre ce statut dans une université belge. Elle enseigne la chimie générale, la chimie analytique et la chimie physique. Elle réorganise entièrement le département de chimie pour le moderniser : formation orientée vers les travaux pratiques, invitation de jeunes professeurs formés à l'étranger, ouverture à de nouvelles méthodes d'enseignement.

Elle gravit encore un échelon en devenant vice-doyenne, puis doyenne de la Faculté des Sciences de l'ULB de 1960 à 1962. En 1958, elle préside la Société belge de Chimie. En 1953, ses recherches lui valent le prix Wetrems.

Son engagement pour la science ne s'arrête pas à la chaire. Elle participe à la création des Jeunesses Scientifiques et du Centre Universitaire du Film Scientifique, deux initiatives visant à rapprocher les jeunes des sciences.

Un engagement qui dépasse la chimie

Ce qui distingue Lucia de Brouckère d'un simple brillant parcours académique, c'est la cohérence de son engagement au-delà du laboratoire.

Pour elle, un bon scientifique ne peut pas se contenter de son domaine d'étude. Il doit s'intéresser à la politique, à l'économie, à la culture. Cette conviction guide toute son action publique.

Dans les années 1930, face à la montée du fascisme en Europe, elle est élue en 1934 première femme présidente du Comité mondial des Femmes contre la guerre et le fascisme. En 1936, elle prend position pour la défense de l'Espagne républicaine.

Après-guerre, elle s'engage dans le combat pour la laïcité et les droits des femmes : membre du Centre d'Action Laïque, elle lutte pour la dépénalisation de l'avortement. En 1962, elle fait partie des fondateurs du planning familial "La Famille heureuse".

Après mai 1968, elle dirige l'Assemblée constituante chargée de réformer les statuts de l'ULB.

Lucia de Brouckère meurt à Ixelles le 3 novembre 1982, à l'âge de 78 ans.

Son héritage aujourd'hui

La disparition de Lucia de Brouckère n'efface pas son influence, elle la prolonge :

  • En 1983, la Faculté des Sciences de l'ULB crée la Fondation Lucia de Brouckère, destinée à soutenir la diffusion des sciences et à encourager les jeunes chercheurs et chercheuses.
  • En 1984, un square est inauguré en son nom sur le campus de la Plaine.
  • Des bourses de voyage "de Brouckère" sont encore aujourd'hui attribuées aux doctorants en chimie de l'ULB qui effectuent un séjour à l'étranger.
  • Une Haute École porte son nom à Bruxelles.
  • En 2023, l'un des plus puissants supercalculateurs de recherche de Belgique est baptisé "Lucia" en son honneur.

Son nom reste associé à l'idée que la science, pour être utile, doit être libre, rigoureuse et ancrée dans la société.

Ce que son parcours apprend aux futurs scientifiques

Lucia de Brouckère n'avait pas le droit à l'erreur. Elle évoluait dans un milieu qui ne lui était pas destiné, sans modèle féminin direct, sans certitude d'emploi. Et pourtant, elle a construit une carrière de référence, étape après étape.

Quelques enseignements concrets de son parcours :

1. La rigueur paie toujours. Sa thèse de doctorat, récompensée dès 1927, lui a ouvert des portes que personne ne lui aurait ouvertes autrement.

2. L'adaptabilité est une compétence scientifique. Elle a traversé deux guerres mondiales, changé de pays deux fois, repris son poste à chaque fois dans un contexte différent.

3. L'engagement donne du sens. Lucia de Brouckère n'a jamais dissocié ses recherches de ses convictions. Ce lien entre science et société est ce qui a rendu son travail durable.

4. Chercher des modèles, c'est construire sa propre route. Elle-même s'est inspirée de Daisy Verhoogen, la première femme cheffe de travaux qu'elle a croisée à l'ULB. Ces modèles ne sont pas des raccourcis, ils sont des boussoles.

FAQ : Lucia de Brouckère

Quand est née Lucia de Brouckère ?Lucia de Brouckère est née le 13 juillet 1904 à Saint-Gilles (Bruxelles, Belgique).

Quand est-elle décédée ?Elle est décédée le 3 novembre 1982 à Ixelles (Bruxelles), à l'âge de 78 ans.

Pourquoi Lucia de Brouckère est-elle célèbre ?Elle est la première femme à avoir enseigné dans une Faculté des Sciences en Belgique (Université de Gand, 1930-1932) et la première femme professeure ordinaire d'une université belge (ULB, 1945). Elle a également été doyenne de la Faculté des Sciences de l'ULB.

Quel est son lien avec l'ULB ?Lucia de Brouckère a étudié, puis enseigné toute sa carrière à l'Université Libre de Bruxelles. Elle en a réformé le département de chimie et présidé la Société belge de Chimie.

Qu'est-ce que la Fondation Lucia de Brouckère ?Créée en 1983 par la Faculté des Sciences de l'ULB, cette fondation soutient la diffusion des sciences et finance des bourses de voyage pour les jeunes doctorants en chimie belges.

Quel est le supercalculateur Lucia ?En 2023, un des plus grands supercalculateurs de recherche de Belgique a été nommé "Lucia" en hommage à Lucia de Brouckère.

Quel prix a-t-elle reçu pour sa thèse ?Sa thèse de doctorat (1927) lui a valu le prix Stas de l'Académie royale de Belgique.

Conclusion

Lucia de Brouckère incarne ce que signifie mener une carrière scientifique avec intégrité et ambition. Dans un contexte où tout jouait contre elle, elle a avancé par la qualité de son travail, sa capacité à s'adapter et son refus de séparer science et engagement citoyen.

Pour les étudiant·e·s qui préparent aujourd'hui les concours de médecine et de dentisterie en Belgique, son histoire est un rappel utile : les premières fois sont toujours les plus difficiles. Et c'est précisément pour ça qu'elles comptent.

Vous préparez le concours de médecine ou dentisterie en Belgique ? Découvrez nos prépas médecine et notre guide complet sur le concours.

Recevoir des actualités par mail

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles du blog dans votre boîte mail.

En vous inscrivant, vous acceptez notre politique de confidentialité.
Merci pour votre inscription.
Mince, il y a un souci avec votre inscription

Découvrez en plus sur nos prépas

Préparez votre entrée aux concours de médecine pour la prochaine rentrée.